Data Story
Comprendre les tensions autour des ressources pour soutenir le dialogue local
Dans huit cercles du centre du Mali, la collecte structurée aide les plateformes à relier incidents, ressources concernées, acteurs et dynamiques locales.
Une information utile au dialogue local
Les tensions autour de la terre, de l’eau, des pâturages, de la pêche ou des forêts ne peuvent être comprises à partir d’un chiffre isolé. Elles s’inscrivent dans des usages, des calendriers, des règles et des relations entre acteurs. Les observer demande une information structurée et une interprétation ancrée dans le territoire.
Dans huit cercles du centre du Mali, GRIDAC a accompagné l’Observatoire des conflits et des ressources naturelles. Le dispositif couvre trente communes et associe collecte mobile, contrôle de qualité, analyse et restitution aux plateformes locales.
Le dispositif d’observation
- Couverture territoriale
- 8 cerclesBankass, Bandiagara, Djenné, Douentza, Koro, Mopti, Ténenkou et Youwarou
- Périmètre opérationnel
- 30 communesvingt-cinq communes du PASARC II et cinq communes additionnelles
- Instruments distincts
- 2 questionnairesl’un sur les conflits, l’autre sur les ressources naturelles
- Démarrage de la collecte active
- 16 janvier 2025après révision des fiches et formation des points focaux
Les terres agricoles au centre des conflits recensés dans l’étude de faisabilité
Part des conflits recensés selon la ressource naturelle concernée dans la situation de référence utilisée pour préparer l’Observatoire.
Les terres agricoles représentent 41,76 % des conflits recensés, devant l’eau à 24,05 % et les espaces pastoraux à 18,07 %. La pêche représente 11,89 % et la forêt 4,21 %.
| Catégorie | Part des conflits recensés (%) |
|---|---|
| Terres agricoles | 41,76 |
| Eau | 24,05 |
| Espaces pastoraux | 18,07 |
| Pêche | 11,89 |
| Forêt | 4,21 |
Distinguer l’événement de son environnement
Deux questionnaires ont été conçus pour traiter des objets liés mais différents. Le premier décrit les conflits : lieu, période, acteurs, type et évolution. Le second caractérise les ressources naturelles et les conditions de leur gestion. Leur rapprochement aide à poser de meilleures questions.
Cette organisation évite de réduire chaque conflit à une catégorie générale. Un incident peut être lié à l’accès, au calendrier, à une limite contestée, à une règle méconnue ou à une évolution de la ressource. L’entretien et la restitution permettent de préciser ces mécanismes.
Comparer sans effacer les territoires
Bankass, Bandiagara, Djenné, Douentza, Koro, Mopti, Ténenkou et Youwarou partagent certains enjeux mais connaissent des configurations différentes. Des définitions communes rendent l’analyse possible à l’échelle du dispositif ; les informations locales conservent les nuances nécessaires.
La comparaison peut montrer des variations de fréquence, de ressource concernée ou de période. Elle sert à orienter l’attention et à préparer la discussion. L’interprétation revient ensuite vers les acteurs qui connaissent les déplacements, les accords et l’histoire du territoire.
Comprendre les ressources en relation
Ressources pastorales, agricoles, halieutiques et forestières se croisent souvent. Un même espace peut changer d’usage selon la saison ; une voie de passage peut traverser une zone cultivée ; le niveau de l’eau peut modifier l’accès à la pêche et au pâturage. Les catégories analytiques doivent permettre de voir ces relations.
Cette lecture aide les plateformes à dépasser une réponse centrée sur le seul incident. Elle ouvre une discussion sur les règles, la coordination entre usagers et les changements qui influencent la pression sur la ressource.
De KoboToolbox aux tableaux de bord
La collecte mobile avec KoboToolbox permet de travailler hors connexion. Les enregistrements sont ensuite centralisés, vérifiés et préparés dans une chaîne qui mobilise notamment PostgreSQL, Metabase et Power BI. Chaque outil remplit une fonction précise.
La valeur ne vient pourtant pas du tableau de bord seul. Identifiants stables, catégories comprises, supervision et correction rapide déterminent la qualité de ce qu’il affiche. Les équipes doivent pouvoir expliquer l’origine d’une variation et retrouver les observations qui la composent.
De la préparation à la collecte active
Le dispositif a été construit par étapes afin de relier les outils, les responsabilités et les usages locaux.
Avril 2024
Lancement de la mission
Information des acteurs et diagnostic des plateformes dans huit cercles et trente communes.
2024
Conception de la chaîne de données
Révision des deux questionnaires, structuration de la base PostgreSQL et préparation des outils de restitution.
Janvier 2025
Formation et redéploiement des points focaux
Les agents ont travaillé la collecte hors connexion, les définitions et les contrôles de qualité.
16 janvier 2025
Démarrage de la collecte active
Les deux fiches ont été mises en service après leur révision et leur déploiement.
Restituer pour transformer la donnée en action
Les plateformes locales apportent le contexte nécessaire à la lecture des tendances. La restitution leur permet de confirmer une évolution, de signaler un biais, d’identifier un sujet sensible ou de préparer un dialogue entre acteurs. Elle redonne également du sens au travail des enquêteurs.
Un observatoire devient utile lorsque cette boucle reste régulière : observer, contrôler, analyser, discuter et décider. La donnée soutient alors la prévention et la gestion des conflits comme un langage commun, enrichi par l’expérience des territoires.